L’'OCDE veut devenir le « hub » de la mondialisation

Publié le par Benjamin Jullien

Le mandat du nouveau secrétaire général, Angel Gurria, s’axe autour de trois objectifs : contribuer à la maîtrise de la mondialisation, intégrer les grands pays émergents et accompagner les réformes économiques.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) n’est plus un club de riches. Pour preuve, les trente pays membres ont pour la première fois nommé à sa tête un représentant des pays en voie de développement en la personne de l’ancien ministre des finances mexicain Angel Gurria, qui a pris ses fonctions au Château de la Muette (le siège parisien de l’OCDE) le 1er juin dernier. Ce polyglotte accompli s’était notamment illustré par son rôle dans le maintien de la stabilité financière de son pays dans les années 1990.

M. Gurria, qui s’exprimait devant les membres de l’Association des journalistes économiques et financiers (AJEF) ce matin à Paris, a présenté les nouvelles priorités de l’OCDE. A l’évidence, le nouveau secrétaire général veut sortir son organisation de l’ombre que lui font sur la scène internationale la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et l’Organisation Mondiale du Commerce, et renforcer son rôle dans le développement de l’économie mondiale. L’OCDE ambitionne ainsi de « devenir le hub de la mondialisation ».

Intervenant sur un champ extrêmement large – « de l’agriculture aux nanotechnologies », selon le raccourci du secrétaire général – l’OCDE s’est donné pour mission d’ « aider à maîtriser la mondialisation », en vue de la rendre « plus juste ». M. Gurria a souligné que son organisation, qui s’appuie sur 2000 experts parmi les meilleurs des pays membres, comptait contribuer au déblocage des négociations de Doha en fournissant « des études sur les coûts et les bénéfices de la libéralisation, et sur leur répartition ». Ce travail abordera en priorité les secteurs sensibles de l’agriculture et des services, qui ont fait capoter les négociations de l’OMC en juillet dernier.

Dans son dossier « Trading Up » (Accroître les échanges) publié en mai, l’OCDE avait estimé qu’en cas de succès du cycle de Doha, les deux tiers des bénéfices iraient aux pays en développement. Selon M. Gurria, « la libéralisation peut aider [ces pays] davantage que l’aide publique au développement et l’annulation de la dette des pays pauvres très endettés ».

Mais pour espérer influer sur la mondialisation, l’Organisation doit d’abord faire une place aux nations émergentes, à commencer par les pays dits « BRIC » (Brésil, Russie, Inde et Chine), dont le poids dans le PIB mondial a atteint 10% en 2005.

L’OCDE présentera donc en mai 2007 la liste des pays prêts à débuter leur processus d'adhésion. A l'issue d'une première analyse, l'OCDE a retenu 26 pays sur les 54 proposés par ses membres, et désigné ceux qui resteront « par choix » dans « un partenariat renforcé » avec l'organisation.

Adoptant une approche qui n’est pas sans rappeler la convergence européenne, le secrétaire général de l’OCDE a souligné à plusieurs reprises que « l’essentiel n’est pas de devenir membre, mais d’abattre les obstacles » à l’adhésion en réalisant les réformes nécessaires, l’adhésion intervenant alors de façon « organique » à l’issue du processus.

Dans ce cadre, l’OCDE prépare actuellement un rapport sur l’économie de la Russie, dont la demande d’adhésion date de près de dix ans. M. Gurria présentera ce rapport et les recommandations qui l’accompagnent aux autorités du pays le 29 novembre à Moscou. Interrogé sur les critères qui ont jusqu’à présent fait obstacle à cette adhésion, M. Gurria s’est toutefois montré évasif, n’abordant que les problèmes de santé publique que connaît le pays.

Sur le plan des réformes, l’OCDE ne se contentera plus d’analyser et de rendre publiques les « meilleures pratiques » des Etats membres. M. Gurria veut « aller plus loin », c'est-à-dire « accompagner les pays dans la conduite des réformes ». Pour ce faire, le nouveau secrétaire général compte renforcer la coopération avec les institutions nationales des pays membres ou en voie d’adhésion.

L’OCDE sera aussi plus présente dans les médias, et s’appliquera à délivrer un « diagnostic objectif ». En effet, souligne M. Gurria, l’OCDE peut « dire tout haut ce que les responsables nationaux ne peuvent pas dire ». Conscient que réformer n’est pas sans danger pour les gouvernements nationaux, M. Gurria a estimé que le rôle de l’OCDE doit être de montrer aux gouvernements qui le souhaitent « comment pousser les réformes et être réélu ». Une recette qui ne manquera pas d’intéresser nos responsables politiques.

BJ

Publié dans Service Economie

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