Services offshore : AXA séduite par l' "Offre Maroc"

Publié le par Benjamin Jullien

La décision d’AXA de délocaliser 1500 emplois au Maroc d’ici 2012 illustre l’attractivité du royaume chérifien, dont l’offre de services offshore est taillée sur mesure pour le marché français.

Délocaliser pour réduire les coûts, mais aussi pour gagner en flexibilité. Avec son programme d'entreprise «Ambition 2012», présenté fin octobre 2005, AXA entend doubler son chiffre d’affaires et tripler son bénéfice d’ici 2012, en s’appuyant notamment sur un volet délocalisation.

Le groupe envisage ainsi de compenser 3 000 départs en retraite prévus au cours des six prochaines années « en embauchant à moitié en France et à moitié à l'étranger, essentiellement au Maroc », selon les déclarations de Maurice Zylberberg, délégué central CFDT chez Axa.

« Nous allons créer 1.500 emplois au Maroc et 1.500 emplois en France d'ici 2012 », a confirmé un porte-parole d'Axa, précisant que « personne ne serait licencié ». La direction souligne qu’elle a pris cette décision parce qu’elle n’a « pas réussi à trouver un accord avec les syndicats français sur la flexibilité du travail », notamment le travail jusqu'à 20h00 et le samedi.

Au total, près de 10% des 16 000 emplois d’AXA actuellement basés en France seraient donc transférés au Maroc en six ans. Si le coup est rude pour l’intersyndicale d’AXA, qui demande le retrait pur et simple du volet délocalisation, la logique économique de l’opération ne fait guère de doute. D’ailleurs, l’assureur français compte déjà des employés au Maroc, via sa filiale Direct Assurance, ainsi qu’à Bangalore en Inde pour le marché britannique.

En réalité, la décision d’AXA pourrait bien marquer le coup d’envoi d’une nouvelle vague de délocalisations d’emplois, après celle des centres d’appels, qui a débuté il y a six ans. Une évolution dont le Maroc, qui cherche des débouchés pour ses nombreux « diplômés - chômeurs », compte bien être le premier bénéficiaire.

C’est dans cette optique que le royaume, fort du succès de ses centres d’appels (qui détiennent environ 50% du marché français délocalisé), a élaboré une offre intégrée visant à renforcer son attractivité dans le domaine des services offshore francophones.

Cette « Offre Maroc » se concentre sur les principaux critères affectant les décisions de délocalisation, à savoir la disponibilité d’infrastructures de qualité et de ressources humaines qualifiées, et une structure de coûts compétitive. Elle est destinée aussi bien aux entreprises souhaitant, comme AXA, délocaliser certaines fonctions en propre, qu’à celles qui font le choix de l’externalisation auprès de prestataires indépendants, à condition que les activités offshore soient implantées dans les zones dédiées à ces activités.

Le premier volet de l’Offre Maroc porte sur les infrastructures, en mettant à la disposition des entreprises des zones de services offshore dans les principales villes du Royaume. Située aux abords de la capitale économique, la première de ces zones, CasaShore, proposera dès cet été 25 000 m2 de bureaux aux standards internationaux, équipés et prêts à l’emploi.

Loués au tarif de sept euros par m2, soit environ la moitié des prix du marché pour des prestations comparables, ces locaux bénéficieront d’une offre télécoms très compétitive grâce à des partenariats avec les principaux opérateurs. Les autorités se préparent déjà à lancer des zones similaires à Rabat et Marrakech, ainsi qu’à Tanger pour le marché espagnol.

Le second volet a trait aux ressources humaines, qui constituent l’enjeu central pour le développement des services offshore.

Les universités marocaines produisent chaque année 40 000 à 50 000 diplômés. Mais leur formation s’avère souvent inadaptée aux besoins des entreprises. Le Maroc a donc lancé un plan de formation ambitieux visant à mettre sur le marché 25 000 candidats formés aux services offshore d’ici 2009. Ce programme est destiné à monter en puissance pour accompagner le développement du secteur, avec pour objectif d’assurer un total de 100 000 formations qualifiantes à l’horizon 2015.

Dans l’immédiat, le royaume propose déjà une aide à la formation interne d’un montant de 5000 euros par candidat étalé sur trois ans, répondant ainsi aux demandes répétées des entreprises déjà implantées.

Cerise sur le gâteau, le Maroc confirme l’importance stratégique qu’il accorde aux services offshore en revenant sur sa réticence habituelle en matière d’abattements fiscaux : il propose un taux unique de 20% pour l’impôt sur le revenu, ainsi qu’une exonération de l’impôt sur les sociétés pendant cinq ans.

Pour les analystes du secteur, avec un risque pays modéré, une excellente proximité linguistique, géographique et culturelle, d’abondantes ressources humaines francophones à un coût attractif (entre 200 et 400 euros nets pour un emploi administratif) et une bonne infrastructure télécoms, le Maroc dispose effectivement d'atouts indéniables pour s’affirmer comme le leader des services offshore francophones.

Quelle que soit l’issue du conflit engagé au sein d’AXA sur le thème de la délocalisation, il y a donc fort à parier que d'autres grandes entreprises ne tarderont pas à suivre le mouvement.

BJ

Publié dans Service Economie

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